Textes divers

Crachons, crachons*

Je crache sur la France.

Je crache sur tout ce que ce pays représente. Je crache sur son drapeau tricolore, sur son hymne, sur son imbécile obsession mémorielle – l’obsession d’une mémoire qui ne se souvient que de la grandeur passée d’un mouvement révolutionnaire maintenant bicentenaire, et pas de son aveugle et totale soumission depuis-. Certes, il y eut les grandes insurrections: La Commune de Paris de 1871 et les Violences Urbaines de 2005, en passant par Mai 68. Et après? Et entre? Et aujourd’hui? On n’est pas en train de se faire enculer,  aujourd’hui?

Quel est donc cet entêtement à se remémorer la gloire des jours passés, tout en fermant les yeux sur la misère des jours présents? Je crache sur toute forme de « commémoration », sur ce « révérencieux hommage qu’on rend aux choses, habituellement, lorsqu’elles sont mortes, lorsqu’on est sages, lorsqu’on en porte le deuil bêtement ».

« Liberté. Egalité. Fraternité »

 

Même ces mots sonnent comme un cadeau empoisonné, comme une promesse non tenue, comme une publicité mensongère. Nous vivons dans un pays où nous ne sommes libres que dans la mesure où nous allons dans le sens de l’ordre dominant, où nous ne sommes absolument pas égaux, et où, par voie de conséquence, nous ne sommes pas le moins du monde « frères ».

Moi, la devise de la République, je lui crache dessus. Elle n’est que le mensonge des uns, et l’illusion des autres. Encore que des « autres » qui y croient encore, aujourd’hui, pour en trouver faut se lever tôt! En vrai, plus personne n’y croit. Lorsque les gens entendent ces mots, ça les fait sourire ou rire. Plus personne n’ose les dire sérieusement. C’est comme une « private joke » nationale. Parce qu’en les entendant ces mots, les gens mesurent l’écart entre les mots et les faits, entre le faux et le vrai, entre ce qui est leur lot, et ce qu’on leur promet. La devise de la République est d’un cynisme épatant. Moi lorsque je les entends ces mots, j’ai envie de cracher à la gueule de la République, de gerber dans ses urnes.

 

Le droit de vote? Je crache dessus. Et je me marre en pensant qu’on a tout de même mis 155 ans à l’accorder aux femmes…Force est de reconnaître avec M. Garrison, le fameux professeur de South Park (Colorado), qu’il est difficile de « croire en un être qui saigne 5 jours par mois sans mourir », n’est-ce-pas?

« Des gens sont morts pour que tu puisses avoir le droit de vote », me rétorqueront une floppée d’abrutis.

Bien. Et alors? Qu’est-ce-que j’en ai à foutre, en fait? Je vois pas bien le rapport.
Que des gens soient morts? Mais des gens meurent tous les jours. Des gens meurent depuis toujours. De tous temps, toutes sortes de gens sont morts pour toutes sortes de raisons. Je ne vois pas pourquoi le fait qu’ils soient morts pour « que je puisse avoir le droit de vote » m’émeuvrait plus que le fait qu’ils soient morts accidentellement, renversés par un camion. A la limite, j’éprouve plus de peine pour mon cousin mort de cette dernière façon que pour je ne sais quel inconnu (inconnu de moi en tous cas) mort pour « mon » droit de vote. D’ailleurs ce n’était même pas pour le mien, mais pour le sien; ne prêtons pas aux gens plus d’altruisme qu’ils n’en ont – à supposer qu’ils en aient-.

Et puis, ils sont morts pour conquérir le droit de vote, grand bien leur fasse. Mais avec tout le respect que je leur dois, et tout le mérite qui leur revient, en quoi cela m’empêche-t-il de critiquer un système qui me semble on ne peut plus injuste, inégalitaire, instrumentalisé, et antidémocratique? Le système électoral est une maladie dont il faut se guérir. Comme le patriotisme d’ailleurs, lequel implique, en son nom, de devoir se satisfaire d’un système électoral biaisé et de fait insatisfaisant. Se satisfaire par habitude, par coutume, ou par respect. Le respect se mérite, et mes coutumes à moi consistent justement à bousculer les habitudes. Pas de bol.

En quoi la reconnaissance d’un mérite aux conquérants d’un droit comme le droit de vote – en admettant qu’on leur reconnaisse quelque mérite- est-elle contradictoire avec le fait d’incriminer les dérives du système dont il est l’outil? On ne doit rien aux anciens, c’est aux suivants qu’on doit des comptes. Aux suivants, et aux contemporains d’ailleurs, qu’on a parfois une fâcheuse tendance à oublier.
Et puis, si on leur devait quelque chose, ce serait de la vigilance – vis-à-vis de l’outil conquis notamment, afin de veiller à ce qu’il ne soit pas dévoyé-, plutôt qu’une révérence aveugle.
D’ailleurs moi les anciens m’emmerdent, parce que conquérir des droits c’est bien beau, mais en faire par ailleurs des devoirs sans prendre en compte leurs limites et les dérives desquelles ils pourraient faire un jour l’objet, ça n’est pas très malin. Et, personnellement, ça me donne moins envie de leur dire « merci » que de leur dire d’aller se faire enculer. Hélas -pour l’éventuel plaisir qu’ils auraient pu en retirer-, ils sont morts. Enfin bon, je me garde bien de foutre les pieds dans quelque bureau de vote que ce soit, ça revient au même.

Je crache sur le patriotisme à deux balles qui voudrait m’empêcher de cracher sur ce pays. Je crache sur les deux à la fois, le patriotisme et le pays. Je ne me sens pas plus patriote que redevable. Je profite de l’assistance publique, avec laquelle je subviens à mes besoins primaires, tout en ayant le sentiment de ne rien devoir à personne, même pas de la reconnaissance, même pas des remerciements. Dit autrement, je profite du système tout en crachant dans la soupe. Parce qu’autant se le dire, ce système je le méprise au plus haut point. Mais ça ne m’empêche pas d’y prendre tout ce que je peux y prendre – puisque j’y suis-, sans rien donner en retour et sans dire merci – puisque je n’ai pas demandé à y être-. Que les capitalistes aillent au diable, et leurs fidèles valets que sont nos gouvernants avec! Ils ne gouvernent d’ailleurs rien du tout, mais se contentent de tenir le gouvernail de la galère sur laquelle nous sommes tous embarqués; ils exécutent les ordres du capitaine à bord,  donc des grands patrons, des banques, des multinationales, bref  des détenteurs du pouvoir économico-financier, les mêmes qui voudraient me voir trimer pour que ma misère fleurisse le jardin de leur opulence. Je leur crache tous dessus.

Je crache sur la France qui travaille, la France qui se lève tôt, la France qui « fait l’effort », bref la France des vaincus, la France des lâches, la France des larbins de toutes sortes. Ceux qui ont bonne conscience (« moi je m’en suis sorti tout seul, j’ai fait l’effort, je gagne ma vie à la sueur de mon front ») comme ceux qui se morfondent (« si seulement ma vie ressemblait à autre chose, si seulement je ne passais pas mon temps à faire un taf de merde pour une paye de merde en léchant les bottes à un boss qui me traite comme une merde! »). Je leur crache tous dessus. Sur leur résignation, leur faiblesse, leur fierté malplacée. Je crache sur leur lâcheté. Je crache sur le travail, sur l’esclavage comme sur le salariat (qui, à ma connaissance, en sont les deux seules formes qui n’aient jamais existé). Je laisse les hyperactifs s’affairer, les productivistes s’épuiser, les gens vides s’occuper. Moi j’ai autre chose à foutre, et je me torche le cul avec leurs bulletins de salaire. Et pour être tout-à-fait honnête, j’en veux moins aux patrons qu’aux pauvres cons qui s’y soumettent quotidiennement et leur donnent par voie de conséquence le pouvoir de leur nuire. Et qui vont ensuite chialer dans les rues. Qui pleurent sur leurs conditions de travail. Et qui pleurent qu’ils devraient gagner plus. Et qui pleurent qu’ils voudraient travailler moins…comme s’ils ne le pouvaient pas!

Je crache sur les manifestations, qui ne manifestent que l’entièreté de notre soumission au système que l’on prétend combattre. Plutôt crever que de défiler comme un con avec une banderole dans les rues que la police m’assigne. Non seulement c’est inutile, mais c’est contre-productif; ça nuit à la révolte plutôt qu’autre-chose. Il s’agit d’amuser la galerie, de faire croire aux gens qu’ils ont toujours la possibilité de manifester leur désaccord. Pendant ce temps, le pouvoir rit d’eux. Et il a bien raison. Parce que, ce faisant, non seulement ils ne lui nuisent pas, mais en plus ils lui servent de caution, en lui prêtant un caractère démocratique qu’il n’a pas, en dissimulant l’impossibilité qui nous est faite de nous opposer frontalement aux décisions prises en haut de l’appareil d’Etat, sans nous et contre nous. Les manifestations, où lorsque l’imbécilité la plus suprême revêt ses habits de révolutionnaire. Pardonnez-moi mais l’illusion peine à prendre; au mieux aurez-vous appris à chanter l’Internationale. C’est bien.

Personnellement, je crache sur l’Internationale. Je ne me reconnaîtrai jamais dans un chant qui invite au labeur éternel, qui chasse sans pitié l’oisiveté, pire, qui dénie à l' »oisif » le statut d’homme, et qui se targue d’être le chant des travailleurs. Je ne suis pas travailleur. Je n’ai pas envie de bosser, et n’en ai jamais eu envie. C’est chiant à mourir -d’ailleurs on en meurt, comme certains commencent à s’en rendre compte-. Je ne me reconnais pas dans les luttes des travailleurs. Nous n’avons aucune préoccupation commune. Leurs usines et leurs bureaux, ils devraient les quitter, et non pas y réclamer des conditions de travail plus décentes. Je ne suis pas un prolétaire et ne me trouve rien en commun avec eux. Je me trouve beaucoup en commun, en revanche, avec celui qui disait à juste titre que « le domaine de la liberté commence là où s’arrête celui du travail nécessaire ». Un certain Karl Marx.

Mais je crache moins sur l’Internationale que sur la nation en premier lieu. La France est une plaie, une calamité. Elle n’est pas, elle n’a jamais été, la terre d’asile qu’elle prétend. Elle ment. Elle ne protège pas, elle expulse; elle n’accueille pas, elle intègre; elle n’éduque pas, elle insert. L’intégration se faisant systématiquement par l’assimilation, le choix est réduit à l’imitation ou l’exclusion. Tu veux être français? Sois comme un français. Même pire. Tu veux être français? Sois français. Sois comme nous, cesse d’être toi-même; ne sois qu’un, cesse d’être une rencontre; sois sage, cesse d’être en mouvement; en bref, sois mort, cesse d’être vivant. C’est beau l’intégration. Je ne vous dis pas la gueule de ceux qui y sont – intégrés-.

Je crache sur l’intégration. Et je crache à la gueule de tous les intégrés de France. Ceux qui, après avoir immigré ici la tête pleine de rêves, ont trimé toute leur vie pour un pays qui les méprise, un pays qui a détruit le leur, qui l’a pillé, volé, violé -pendant qu’eux lui disaient « merci »-. Un pays qui a massacré les leurs, un pays qui s’est toujours comporté en bon européen, comme une bête assoiffée de sang. Abd-al-Malik et les sympathisants de ses chansons imbéciles sont les idiots utiles de l’ordre impérialiste qui a détruit leurs pays d’origine. Ceux qui sont si fiers d’être « arabes », « mais français », qui « aiment la France », « le plus beau pays du monde », qui s’indignent devant les incivilités des générations d’après, devant ceux qui sifflent la Marseillaise, devant ceux qui ne veulent plus aller bosser, devant ceux qui brûlent des voitures et cassent des abribus, devant ceux qui taggent dans le métro, devant ceux qui ne baissent pas le regard, bref devant ceux qui tiennent tête. Ils s’indignent et se mettent en colère, parfois parce qu’ils croient à ce qu’ils disent, parfois parce qu’ils sont mis face à leur propre résignation, face à l’abandon d’eux-mêmes par eux-mêmes. C’est sûr, ça doit être douloureux. Mais je ne les plains pas. Je les hais. J’aimerais qu’ils crèvent la tête baissée, pour qu’on oublie jusqu’à leur existence, jusqu’à leur visage éteint, jusqu’à leur regard plein d’amertume et de frustration, jusqu’à leurs belles illusions du début. Qu’ils crèvent dans l’anonymat qui leur revient, après tout eux ils n’ont pas conquis le droit de vote, n’est-ce-pas? Ils n’ont rien conquis du tout, ils ont tout perdu, à commencer par leur temps, à commencer par leur vie.

Au mieux, ils m’amusent. Par exemple, quand j’entends les gens louer l’hymne à la souffrance silencieuse, l’hymne à l’abandon des rêves, l’hymne à l’acceptation de son sort sans conditions que constitue la chanson « C’est du lourd » d’Abd-al-Malik.

« Ca, c’est du lourd; ça c’est pas du lourd ». « Ca, c’est bien; ça c’est mal ».

C’est vrai que c’est « bien » – au sens judéo-chrétien du terme-. Pour être dans le « bien », il faut souffrir, en silence, sans broncher. C’est le mal qu’on endure pour parvenir au Bien qui fait qu’on est bien dans le Bien et non dans le Mal. Abd-al-Malik est une personne de bonne moralité. Le plus surprenant, c’est que le gars se croit honnête, lorsqu’il envoie les autres au casse-pipe, lorsqu’ils les juge sans les connaître, lorsqu’ils les somme de consentir aux injonctions qui leur sont faites de se résigner! Il se croit de bon conseil. Mais son conseil n’est que mépris. Son conseil est un mensonge, son conseil est une insulte, son conseil est une trahison. Son conseil est un crime. Son « honnêteté » l’aveu d’une défaite. C’est tellement commode de se draper des bienfaits de l’honnêteté, de la sagesse, de la moralité, lorsqu’on a tant de lâcheté et de faiblesse à dissimuler. Et puis, quelle honnêteté? Abd-al-Malik n’a rien inventé, il se contente de tenir le discours on ne peut plus malhonnête que tenait en son temps Jean-Marie Le Pen (et que Nicolas Sarkozy a d’ailleurs depuis repris à son compte avec succès): « La France, tu l’aimes ou tu la quittes ». Comme si le choix se situait là, comme si l’enjeu était là. Dans cet apparent antagonisme. Aimer ou quitter. Comme si la France et moi on était en couple – alors que nous sommes en guerre-. Discours vide de contenu, choix vide de sens. Je crache sur la petitesse de ces idées, je crache sur ces gens-là, je crache sur cette France-là.

« La France tu l’aimes ou tu la quittes »?

Que je l’aime? Que j’aime un pays criminel? Un pays aussi destructeur, aussi lâche que la France? Un pays qui se cache derrière des mots aussi violents que ceux-là, qui en fait son slogan? Un pays qui fait de l’amour inconsidéré pour la patrie et de l’oubli de soi la condition de l’inclusion de ses citoyens? Je ne l’aime pas non, je ne l’ai jamais aimé, en fait je le méprise au plus haut point.

Que je la quitte? Que je la quitte pour aller où? Je ne la quitte pas, parce que c’est mon pays, et je revendique mon droit à cracher sur mon pays. C’est précisément parce que je suis français que je sais ce dont je parle et que je suis particulièrement qualifié pour cracher sur la France, dont j’éprouve la violence au quotidien – je ne la fantasme pas-. Je crache sur la France dont la bassesse sévit derrière l’étendard des droits de l’homme. Que de grands discours et de grands mots pour un si petit pays – et je ne parle pas ici de sa taille géographique-. Que Dieu me garde de respecter un jour un pays qui ne respecte rien ni personne. Non, ce n’est pas à la France que mon respect va. Mon respect va à tous les immigrés, les fils d’immigrés, les petits-fils d’immigrés, les arrière-petits-fils d’immigrés d’origines diverses, qui ont pris ce parti qui est le mien de cracher sur le pays qui est le leur. Tous ensemble, nous faisons oeuvre de salubrité publique, nous restons vigilants. Nous sommes les yeux et les oreilles de la nation. Et le couteau qu’on lui plante dans le coeur.

« La France c’est quand même un beau pays; regarde comment ça se passe dans les pays du Maghreb! Tu peux t’estimer heureux de vivre dans un pays comme la France! »

Ce relativisme-là, je crache dessus. Ca ne m’intéresse pas de savoir si ici c’est mieux qu’ailleurs, puisqu’ici c’est déjà bien pire que ça ne pourrait être…ici. Le sens de la comparaison, je ne l’ai pas. Et je refuse de l’adopter. Les concours de douleurs, très peu pour moi.  « Il y a toujours pire ailleurs ». Et qu’est-ce-que j’en ai à foutre qu’il y ait pire ailleurs? Puisqu’il y a déjà mal ici.
La Tunisie, ça n’est pas mon pays, ça n’est pas chez moi, et je n’irai pas y vivre. Faut-il pour autant que je m’estime « heureux » de vivre ici?
Et bien je ne m’estime pas heureux, non. La France de Sarkozy est un pays de merde, tout comme la Tunisie de Ben Ali est un pays de merde, tout comme beaucoup d’autres pays sans doutes, gouvernés par des bandits ou par des valets aux ordres des grandes puissances financières, sont des pays de merde. Est-ce-que la France est moins merdique que la Tunisie? Difficile à dire. Ce que je peux dire, en revanche, c’est qu’elle est largement assez merdique pour que je lui crache dessus. Largement assez merdique pour que je dise que c’est un pays de merde. La France et la Tunisie ne sont certainement pas merdiques pour les mêmes raisons. Quelle est la merde qui a le meilleur goût? La meilleure merde? Difficile à dire. J’ai tendance à penser que je reste dans la mienne parce que c’est celle que je connais le mieux, parce que j’y suis habitué. Mais ça n’est pas parce que j’y suis habitué que c’est moins de la merde et qu’il faut moins le dire.

La France, j’y suis né, j’y vis, et j’y crèverai sans doutes -mais ça n’est pas dit qu’elle ne crève pas avant moi-. La France, j’y prends tout ce qu’il y a à y prendre: la bouffe, les thunes. Ensuite je lui vomis sa bouffe dessus, et j’achète avec ses thunes les armes qui vont me servir à la détruire. Des stylos. Des bloc-notes.
D’aucuns vous diront que je n’ai qu’à rentrer chez moi, mais c’est ici chez moi. Dans ce pays de merde. Que « je rentre dans mon pays »? Aucun problème, je vais lui rentrer dedans, mais au sens propre. Je vais l’esquinter. Qu’Abd-al-Malik, Nicolas Sarkozy, et Jean-Marie Le Pen se désillusionnent: j’y suis, j’y reste. J’y reste pour la crever, comme un bébé en gestation éventrerait sa propre mère, de l’intérieur de son abdomen.

Je laisse la France me nourrir, me verser mes aides sociales, mon RSA, mes APL; je la laisse prendre soin de ma santé avec la CMU; je la laisse me payer les transports avec les différents dispositifs « Solidarité »; et chaque jour je lui crache dessus, je lui nuis autant que je le peux, je la tue à petits feux. La France est, et c’est là le seul mérite que je lui reconnais, suffisamment stupide pour m’entretenir tandis que je l’achève, pour m’aider à l’éventrer, à la balafrer de mes mots, à la salir de mes crachats. Et moi, je crache, je crache, je crache. Inlassablement.

Je crache sur la France.

*Le titre fait à la fois référence aux paroles de La Marseillaise (« Marchons, marchons »), et suite à la chanson « Sifflons, sifflons » figurant sur l’album « L’1consolable est payé« .

-L’1consolable-

(début Décembre 2010)